Collection : Diasporales
« J’étais dans le vrai, j’étais dans le faux. Ce n’était plus l’hiver, et pas encore le printemps. Durant un laps de temps très long et bien court à la fois, toute chose se soumettait au transfert nocturne, toute chose était ici et s’en allait vers là. Ici, c’était le fleuve de l’écoulement du temps, là‑bas c’était le soleil noir et contagieux. L’éternité était retrouvée en dehors de la vie, et en dehors surtout du néant. »
Paru une première fois en 1955 chez Gallimard, Transfert nocturne d’Armen Lubin demeure l’un des livres les plus singuliers et les plus secrets de la littérature française de l’après-guerre. Cette nouvelle édition invite à redécouvrir une œuvre rare, à la fois discrète et profondément marquante, qui s’impose aujourd’hui comme un texte de référence pour qui s’intéresse aux écritures de l’exil, de la nuit, de l’enfermement et de l’errance intérieure.
Sous le nom d’Armen Lubin, l’écrivain arménien de langue française déploie ici une prose d’une intensité remarquable, faite de fragments, de notations sensibles, d’éclats presque oniriques. Transfert nocturne n’est ni un récit linéaire ni un simple journal : c’est une traversée, un mouvement continu entre veille et sommeil, présence et disparition, mémoire et dérive. L’écriture y épouse les formes de la conscience nocturne, avec une précision rare.
À la croisée de la littérature et de l’expérience intérieure, Lubin compose un texte où l’exil n’est pas seulement géographique mais existentiel. Le livre donne voix à une subjectivité fragile, souvent traversée par la maladie, l’isolement et une attention aiguë au monde. Dans cette tension, chaque phrase semble retenue, pesée, comme si elle surgissait d’un espace de silence.
« Avec Transfert nocturne, Armen Lubin signe son plus beau texte en prose. » Henri Thomas
Armen Lubin (1903-1974), né à Üsküdar, quartier d’Istanbul, réfugié à Paris dans les années 1920. Son œuvre est double : en arménien sous le nom de Chahan Chahnour, en français sous celui d’Armen Lubin. Sa prose poétique, marquée par l’exil, la maladie et une attention aiguë aux vies les plus fragiles, est une voix singulière de la littérature du xxe siècle.


Mise à jour :mardi 15 septembre 2026 | [Mentions légales] | RSS 2.0